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Municipales 2026 : le vélo, sacrifié sur l’autel du populisme ?

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Temps de lecture : 7 minutes

Le 15 mars prochain, les municipales 2026 vont rebattre les cartes dans des milliers de communes françaises. Et un sujet cristallise les tensions comme jamais : le vélo. Ou plutôt, la place qu’on lui accorde — ou qu’on lui retire.

Le paradoxe est saisissant. La pratique du vélo a bondi de 37 % depuis 2019 (source : Éco-Compteur). 68 % des Français se disent favorables au renforcement des investissements cyclables (source : sondage cité par la FUB). Et pourtant : les budgets s’effondrent, une loi vieille de 30 ans est menacée, et certains candidats font campagne… contre les pistes cyclables.

Alors, que se passe-t-il vraiment autour du vélo à l’approche de ces élections ? On fait le point, chiffres et plaidoyers à l’appui. Spoiler : c’est un peu plus compliqué qu’un simple match « pro-vélo contre anti-vélo ».

2020-2026 : un mandat qui a fait avancer le vélo (mais pas assez)

Soyons honnêtes : des choses ont bougé. Le baromètre des villes cyclables 2025 de la FUB — plus grande enquête citoyenne au monde sur le vélo, avec 334 000 réponses — montre une amélioration de 3 % du « climat vélo » national par rapport à 2021.

Grenoble décroche la seule note A du pays (4,37/6). Strasbourg et Rennes complètent le podium. À Rennes, le trafic cyclable en semaine a explosé de +96 % entre 2019 et 2024 (source : ville de Rennes). Clermont-Ferrand signe la plus belle progression (+25 %). Et Lyon, malgré les polémiques, grimpe de 15 %.

Mais — parce qu’il y a un gros « mais » — la note moyenne nationale reste de 3,09 sur 6. La FUB qualifie ça de « médiocre ». Et Marseille ferme la marche avec un 2,3/6, 37e sur 37 grandes villes. Les pistes cyclables y sont « trouées et discontinues », selon Marsactu.

En résumé : ça avance, mais à deux vitesses. Et la vraie question, maintenant, c’est : est-ce qu’on continue à pédaler… ou est-ce qu’on freine ?

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Le grand rétropédalage : quand l’État coupe les freins

C’est peut-être la donnée la plus frappante de ce début 2026. Le budget du Plan Vélo national est passé de 400 millions d’euros par an — promis dans le cadre du plan vélo 2023-2027, soit 2 milliards d’euros sur cinq ans — à… 31 millions d’euros dans le projet de budget 2026. Divisé par treize en trois ans. (Sources : Public Sénat, FUB)

400 projets d’aménagement cyclable, validés par les collectivités, restent gelés faute de crédits. Le bonus vélo à l’achat ? Supprimé. Les subventions aux 600 associations vélo du réseau FUB ? En chute libre — avec des conséquences directes sur les ateliers de réparation, les cours de remise en selle et l’accompagnement des publics fragiles.

Au Sénat, en novembre 2025, le ministre des Transports Philippe Tabarot a lâché cette phrase qui résume tout : « C’est une réussite… Faut-il encore investir autant ? Je ne le crois pas. » (Source : vie-publique.fr)

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La FUB a répondu par la voix de sa coprésidente Céline Scornavacca : « Nous sommes dans une phase de régression totale sur tous les sujets vélo. » (Source : Reporterre)

Et ce n’est pas tout. Le 11 février 2026, le gouvernement a déposé au Sénat un projet de loi-cadre transports dont l’article 21 s’attaque à l’obligation — inscrite dans la loi depuis 1996 — de créer des aménagements cyclables lors de toute rénovation de voirie urbaine.

Projet de loi transports : ce que change l’article 21, en clair

Depuis 1996 (loi LAURE, renforcée par la LOM en 2019), les collectivités doivent intégrer des aménagements cyclables sécurisés — pistes, bandes, voies vertes — lors de toute création ou rénovation de voirie urbaine. L’article 21 du projet de loi Tabarot propose de rabaisser cette obligation au niveau réglementaire — modifiable par simple arrêté ministériel, sans vote du Parlement — et d’ouvrir des dérogations majeures. Un simple panneau « zone 30 » pourrait suffire, là où une piste séparée était requise.

La FUB parle d’une « régression inacceptable » qui pourrait « briser l’élan de près de 30 ans de progrès ». (Sources : FUB, cabinet Gossement Avocats)

Précision importante : il s’agit d’un projet de loi, pas d’une loi adoptée. Le texte vient d’être déposé au Sénat en procédure accélérée et n’a pas encore été examiné en commission. Il peut encore être amendé ou rejeté — c’est justement le moment de se mobiliser auprès de vos sénateurs.

Lyon, Paris, Bordeaux : le vélo comme punching-ball électoral

Lyon : le tunnel contre les pistes cyclables

Le bilan cyclable du mandat écologiste à Lyon ? +58 % d’usage du vélo depuis 2019, près de 170 km de Voies lyonnaises programmées d’ici la fin du mandat, et une note passée de C à B au baromètre FUB (la ville était même classée D en 2017). (Sources : Vert.eco, La Ville à Vélo)

Pas mal, non ? Pas pour tout le monde. Jean-Michel Aulas, candidat aux municipales, dénonce « cinq années de méthode brutale » et propose comme alternative un méga-tunnel routier de 8 km sous la Saône et le Rhône, pour un coût estimé à 2 milliards d’euros. Soit l’équivalent de 64 ans de Plan Vélo national au budget 2026. Pendant ce temps, le trafic automobile a baissé de 12 à 22 % selon les secteurs à Lyon sur la même période. L’argument des embouteillages a du plomb dans l’aile. (Sources : Tribune de Lyon, Lyon Capitale)

Paris : le moratoire de la dernière chance

À Paris, la maire Anne Hidalgo a décrété un moratoire sur tous les projets de voirie jusqu’aux municipales. Résultat : le plan vélo, réalisé à un peu plus de la moitié selon l’observatoire de Paris en Selle, est gelé. Des pistes promises après la mort de Paul Varry — un militant de Paris en Selle, écrasé volontairement par un conducteur de SUV en octobre 2024 — sont aujourd’hui au point mort.

Rappelons que la piste du boulevard Sébastopol a franchi les 5 millions de passages annuels en 2025, devenant l’axe cyclable le plus fréquenté au monde. La demande est là. Mais quand le calendrier électoral prend le dessus sur le calendrier cyclable, ce sont les usagers qui trinquent.

Bordeaux : des bâtons dans les roues

Bordeaux affiche +34 % de cyclistes sur ses principaux axes depuis 2020 sous le mandat de Pierre Hurmic (source : Observatoire des vélos, Bordeaux Métropole). Mais à la Métropole, le groupe de droite a voté en septembre 2025 contre les subventions à Vélo-Cité, la principale association cycliste locale. Le motif ? L’association avait eu le toupet de critiquer la politique cyclable de certains maires. Le paradoxe résumé en une phrase : critiquer les résultats tout en bloquant les moyens. (Source : Rue89 Bordeaux)

Le catalogue des arguments anti-vélo (et pourquoi ils ne tiennent pas la route)

Puisque ces arguments reviennent en boucle dans les campagnes municipales 2026, prenons-les un par un.

« Les pistes cyclables créent des embouteillages »
→ À Lyon, le trafic automobile a baissé de 12 à 22 % selon les secteurs depuis la création des Voies lyonnaises (source : données Métropole de Lyon).

« Les commerces souffrent à cause des pistes cyclables »
→ Un cycliste dépense en moyenne 24,40 € par semaine dans les commerces de proximité, contre 21,70 € pour un automobiliste. Et une place de parking auto = jusqu’à 10 places vélo, soit 10 clients potentiels. 32 études internationales sur 40 ans confirment que les aménagements cyclables sont bons pour le commerce. (Sources : CC37, Transition Vélo)

« C’est de l’idéologie, pas de l’économie »
→ Le vélo génère 29,5 milliards d’euros de retombées socio-économiques par an et 80 000 emplois, pour seulement 3 % de part modale (source : ADEME/Inddigo 2020). L’Institut Pasteur et le CNRS estiment que la pratique actuelle du vélo évite 2 000 décès par an en France et économise 5 milliards d’euros en coûts de santé.

« Faut-il encore investir autant ? »
→ Pour le coût d’un seul kilomètre d’autoroute urbaine, on aménage environ 250 km de voirie cyclable (source : FUB). Le ratio effort/bénéfice est sans appel.

La climatologue Valérie Masson-Delmotte a analysé ce backlash lors du congrès de la FUB en 2025 : « Ce qui se joue, c’est un sentiment de perte de privilège. » On ne conteste pas le vélo en soi — on conteste la redistribution de l’espace public. Et ça, c’est un choix de société, pas un débat technique.

Ce que demandent les associations (et ce que vous pouvez faire)

Avec 222 cyclistes tués sur les routes françaises en 2024 — en hausse de 19 % par rapport à 2019 (source : ONISR) — les associations ne parlent pas dans le vide. De Paris en Selle à Nice à Vélo, de Vélo-Cité Bordeaux à Metz à Vélo, des dizaines de collectifs ont préparé leurs plaidoyers pour ces municipales 2026. Et 7 demandes reviennent systématiquement :

  1. Vision Zéro — une politique née en Suède qui vise zéro mort et zéro blessé grave sur les routes, adoptée par de nombreuses villes européennes — et généralisation du 30 km/h en ville
  2. Des Réseaux Express Vélo (REV) continus et sécurisés — des axes cyclables larges, protégés, qui traversent les agglomérations d’un bout à l’autre
  3. Du stationnement vélo sécurisé (domicile, gares, commerces)
  4. Le Savoir Rouler à Vélo généralisé dans toutes les écoles
  5. Un·e élu·e dédié·e aux mobilités actives dans chaque ville
  6. L’intermodalité vélo-transports en commun (pouvoir combiner facilement vélo pliant ou vélo classique avec bus et train)
  7. Une cohabitation apaisée piétons-cyclistes

La FUB a lancé une plateforme nationale — municipales2026.fub.fr — où vous pouvez vérifier si vos candidats se sont engagés en signant une charte vélo adaptée à votre commune.

Concrètement, avant le 15 mars, vous pouvez :

  • Consulter la charte vélo de votre commune sur la plateforme FUB
  • Interpeller vos candidats — par mail, en réunion publique, sur les réseaux sociaux
  • Participer aux « grands oraux vélo » organisés par les associations locales
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Le vélo n’est pas un luxe de bobo — c’est une nécessité

Coupons court à un cliché tenace : le vélo n’est pas un sujet de « bobo parisien ». C’est une réponse concrète à des problèmes qui touchent tout le monde.

La santé d’abord. En France, 40 000 décès prématurés par an sont liés à la pollution de l’air (source : Santé publique France). Les transports en sont l’un des principaux responsables. Et la sédentarité tue massivement : l’OMS estime à un million de décès par an en Europe les morts liées au manque d’activité physique. Le vélo, c’est 30 minutes d’exercice intégrées dans le trajet quotidien — sans abonnement à la salle de sport.

Le climat, ensuite. Les transports représentent 33 % des émissions de gaz à effet de serre en France — c’est le premier secteur émetteur. Selon l’ADEME, un report modal vers le vélo permettrait de réduire de 15 % les émissions de la mobilité locale, soit 8 millions de tonnes de CO2 évitées chaque année.

Le pouvoir d’achat, aussi. Un ménage qui passe de la voiture au vélo pour ses trajets quotidiens économise jusqu’à 1 000 € par an (source : étude FUB/WWF). Dans le contexte actuel, ce n’est pas anodin.

L’espace, enfin. En ville, la voiture occupe une part disproportionnée de l’espace public — entre 50 et 70 % de la voirie dédiée aux transports — pour à peine un tiers des déplacements. Et 76 % des Français vivent à moins de 4 km des services essentiels — supermarché, médecin, école (source : ADEME 2025). Quatre kilomètres, c’est 15 minutes à vélo. Même avec des enfants.

Avec seulement 3 % de part modale — contre 27 % aux Pays-Bas et 18 % au Danemark — la France a une marge de progression colossale. Et comme le résume la FUB : « Le climat vélo dépend davantage des choix politiques que des ressources financières. »

Le 15 mars, ces choix politiques, ce sont les vôtres. Posez la question vélo à vos candidats. La réponse en dira long sur leur vision de votre ville.


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