La Rochelle, pionnière du vélo depuis 1976, vient de prendre un arrêté municipal qui impose aux cyclistes de mettre pied à terre dans plusieurs secteurs de l’hypercentre. Un sacré symbole pour la ville qui a inspiré le Vélib’ parisien. Mais La Rochelle n’est pas seule : après Nice, Agen ou Lille, les restrictions pour rouler à vélo en centre-ville se multiplient en France. Le vélo, victime de son succès ? Enquête sur un phénomène qui pourrait bien arriver dans votre ville.
Vélo en centre-ville : quand La Rochelle met les freins
C’est un chiffre qui fait tourner la tête : 1,5 million de passages de vélos et trottinettes par an sur le seul Vieux-Port de La Rochelle. Pour une ville de 77 000 habitants, ça fait du monde sur les pistes cyclables ! Trop de monde, justement, selon le nouveau maire Thibaut Guiraud, qui vient d’annoncer un arrêté municipal imposant le pied à terre pour rouler à vélo en centre-ville dans plusieurs zones, à partir du 1er décembre 2025.
Concrètement, les cyclistes et trottinettistes devront descendre de leur monture et marcher à côté dans certaines rues, à certaines heures. Un dispositif complexe qui fait déjà grincer des dents. « Un règlement ubuesque », titre Sud Ouest. Sur les réseaux sociaux, les commentaires fusent : « Bon courage pour recopier 1000 fois les horaires ! »

La Rochelle, du pionnier au rétro-pédalage
Pour comprendre l’ironie de la situation, petit retour en arrière. En 1976, sous l’impulsion du maire visionnaire Michel Crépeau, La Rochelle lançait les fameux « vélos jaunes » : le premier système de vélo en libre-service au monde. Des décennies avant le Vélib’ parisien, avant les Villo! bruxellois ou les Bicing barcelonais. À l’époque, la « ville blanche » s’offrait une renommée internationale avec cette initiative audacieuse.
Avance rapide jusqu’en 2022 : La Rochelle décroche la première place du baromètre des villes cyclables dans la catégorie des villes moyennes, décerné par la FUB (Fédération française des usagers de la bicyclette). Un palmarès qui récompense 280 km d’aménagements cyclables, dont plus de la moitié en site propre. La politique pro-vélo, portée notamment par l’adjoint Olivier Prentout, bat son plein.
En 2025, nouveau classement : La Rochelle recule à la 3e place (avec une note en progression malgré tout : 4,15/6 contre 3,92 en 2021). Et surtout, en novembre 2025, le nouveau maire annonce cet arrêté qui impose le pied à terre. Symboliquement, ça fait mal.
Interdire le vélo en centre-ville : un phénomène national
Mais La Rochelle n’est pas un cas isolé. En 2023, la FUB tirait déjà la sonnette d’alarme dans un communiqué cinglant : « Multiplication des interdictions du vélo en centre-ville ». La fédération pointait du doigt Nice et Agen (été 2023), puis Lille (octobre 2023) qui ont toutes pris des arrêtés similaires pour restreindre la circulation des cyclistes dans leurs zones piétonnes.
Le constat de la FUB est sans appel : « Ces 3 villes apparaissent dans le Baromètre des Villes Cyclables comme défavorables à la pratique du vélo. » Autrement dit, les villes qui peinent à organiser le vélo en centre-ville ont tendance à… l’interdire purement et simplement plutôt qu’à chercher de vraies solutions. Un cercle vicieux.

L’arrêté de La Rochelle : mode d’emploi (ou presque)
Alors, concrètement, où et quand faut-il descendre de son vélo à La Rochelle à partir du 1er décembre ? Accrochez-vous, c’est un peu le parcours du combattant :
Interdiction 24h/24 (tous les jours)
- Rue de la Grosse Horloge
- Rue des Mariettes
- Rue du Beurre
- Passerelles du Gabut et des Deux Moulins
Interdiction le samedi de 11h à 23h
- Quartier Saint-Nicolas
- Quai du Gabut
- Secteur de l’Hôtel de Ville (rues Saint-Sauveur, du Temple…)
- Tour de la Chaîne et rue Saint-Jean-du-Pérot
Interdiction mercredis et samedis de 6h à 14h
- Quartier du Marché Central et de l’Arsenal
- Rues Amelot, Gambetta, Saint-Yon, Thiers
Interdiction mercredis, vendredis et samedis de 6h à 23h
- Rue Gargoulleau
Zones épargnées (pour l’instant) : le Vieux-Port, les quais Duperré et Maubec. Mais bon courage pour mémoriser tout ça sans GPS législatif !

Un commentateur Facebook résume bien la situation : « Allez, on va se promener avec l’horaire des marées (pour la plage l’été) et le calendrier des horaires vélos… Il y a des abus, ok, mais ça ressemble vraiment à un poisson d’avril. »
Pourquoi une telle mesure ?
Face à la bronca, le maire Thibaut Guiraud assume pleinement sa décision. Dans une interview, il explique sa vision : « On veut améliorer la sécurité des piétons et surtout améliorer la cohabitation pour qu’elle soit sûre et respectueuse entre les différents usagers de l’espace public. »
Son objectif ? Que les piétons puissent « déambuler et profiter de notre magnifique cité maritime » sans « avoir peur qu’un vélo arrive rapidement ou devoir faire toujours attention si un vélo va débouler ».
L’élu reconnaît les investissements massifs dans les infrastructures cyclables : « On a énormément investi sur les pistes cyclables. C’est une bonne chose, on en est très fier, cette politique fonctionne. » Mais il ajoute : « Malgré tout, il s’agit maintenant de remettre de l’ordre dans le système et de faire en sorte que tout le monde se respecte. »
Le communiqué officiel de la Ville enfonce le clou : « L’augmentation de ces usages nécessite un encadrement adapté afin de garantir une cohabitation sûre, respectueuse et équilibrée entre piétons, cyclistes, usagers des trottinettes et l’ensemble des acteurs du centre-ville. »
Les problèmes sont-ils réels ?
Oui. Soyons honnêtes : les tensions existent bel et bien. Dans les commentaires Facebook et sur les forums locaux, de nombreux témoignages de piétons, souvent âgés, font état de frôlements dangereux, de vitesse excessive (notamment avec les VAE et trottinettes électriques), et d’une impression de « jungle urbaine ».
Jeanine, retraitée interrogée par France Bleu, ne mâche pas ses mots : « Les vélos, ça devient compliqué. C’est comme dans l’Île-de-Ré, il y a pas mal d’accidents. Il fallait faire quelque chose. »
Les livreurs Uber Eats et Deliveroo sont particulièrement pointés du doigt. Plusieurs commentaires mentionnent leur conduite « à fond » sur les passerelles étroites pour livrer à temps. En septembre 2024, la Ville avait d’ailleurs équipé sa police municipale d’un curvomètre pour traquer les trottinettes débridées. Un outil qui témoigne de l’ampleur du problème.

Mais la solution est-elle la bonne ?
C’est là que le bât blesse. Même parmi ceux qui reconnaissent les problèmes, beaucoup trouvent la solution… bancale.
L’avis des cyclistes
Jacques, cycliste rochelais interrogé par France Bleu, se montre conciliant : « C’est bien sûr une contrainte pour les cyclistes, mais je trouve ça normal. Parfois, quand il y a pas mal de piétons, la cohabitation peut s’avérer délicate. Je suis d’accord pour descendre de mon vélo. »
Mais sur les réseaux sociaux, le ton est moins apaisé. « On encourage le vélo pendant des années… puis on impose le pied-à-terre dans plusieurs rues. Faire et défaire, ce n’est pas gouverner », s’agace Christophe. Olivier renchérit : « Surfer sur le mécontentement en vue des municipales… » Un autre commente avec ironie : « Ce qui s’appelle du rétro-pédalage ! »
Le consensus : c’est trop compliqué
Un point fait l’unanimité, même chez les pro-interdiction : le règlement est illisible. « L’usine à gaz », « le grand n’importe quoi », « qui va respecter ça à la lettre ? » – les expressions reviennent en boucle.
Fred, cycliste de Nieul, pose la question pragmatique : « Un cycliste qui marche à côté de son vélo prend deux fois plus de place qu’assis dessus. » Un autre demande : « Les rues de ces secteurs seront-elles toujours ouvertes aux voitures ? Si oui, les vélos pourront utiliser celles-ci ? »
Christelle soulève un point crucial : « Est-ce que les itinéraires des pistes cyclables vont tenir compte de ces interdictions ? Afin de pouvoir contourner les secteurs piétons ? » Pour l’instant, aucune réponse officielle.
Comment organiser le vélo en centre-ville sans interdire ?
La FUB, dans son communiqué de 2023, rappelle une évidence souvent oubliée : « Chaque année, les rapports de l’Observatoire National Interministériel de la Sécurité Routière (ONISR) rappellent un fait indiscutable : les piétons ne sont pas mis en danger par les cyclistes. Entre 2018 et 2021, seulement 0,6% des piétons sont décédés dans une collision avec des cyclistes. »
Autrement dit : le vrai danger pour les piétons, ce sont les voitures, pas les vélos. Alors, que faire ?
La fédération propose plusieurs pistes (cyclables, évidemment) :
1. Marquage au sol visible
Plusieurs commentateurs rochelais le réclament : « Si les pistes cyclables de l’hypercentre étaient REPÉRABLES par les piétons grâce à une couleur spécifique comme aux Pays-Bas, on n’en serait pas là ! » (Mimie). Christian et d’autres demandent des « codes couleurs pour les pistes cyclables pour éviter les confusions ».
Une solution simple et efficace, déjà testée à Amsterdam, Copenhague ou Séville : du rouge, du vert, de la peinture thermocollée antidérapante. Résultat : chacun sait où il doit être.
2. Verbaliser les comportements, pas le mode de transport
Plutôt que d’interdire tous les vélos partout, pourquoi ne pas sanctionner lourdement les vrais problèmes : vitesse excessive, refus de priorité piéton, grillage de feu rouge, absence d’éclairage ?
« Cela aurait été plus simple de faire respecter le code de la route et de verbaliser les contrevenants », regrette un commentateur. La FUB pousse dans ce sens : « Les municipalités devraient orienter leurs efforts vers la prévention, la signalisation et le respect du Code de la Route pour l’ensemble des usagers. »
Petit rappel utile : le code de la route à vélo existe bel et bien. Et oui, vous devez respecter les feux, les stops et la priorité aux piétons. Besoin d’un rappel ? On a justement un article complet sur le code de la route à vélo.
3. Pédagogie et éducation à la mobilité
La FUB insiste : « L’éducation à la mobilité à vélo à tous les âges, portée par les vélo-écoles, constitue une des réponses pour mieux cohabiter en ville. »
La Rochelle possède d’ailleurs une vélo-école depuis des années. Pourquoi ne pas renforcer ce dispositif, notamment pour les nouveaux utilisateurs de VAE et trottinettes électriques qui découvrent parfois la vitesse… et les dangers qui vont avec ?

Et dans votre ville, ça se passe comment ?
Si vous habitez une ville moyenne ou grande, cette histoire de La Rochelle devrait vous interpeller. Parce que les mêmes causes produisent les mêmes effets : explosion de l’usage du vélo en centre-ville (c’est une bonne nouvelle !), saturation de certains espaces partagés, tensions piétons/cyclistes, puis… tentation de tout interdire plutôt que de mieux organiser.
Les signes avant-coureurs ?
- Multiplication des plaintes de piétons
- Articles de presse locaux sur « l’anarchie des vélos »
- Déclarations d’élus sur la nécessité de « remettre de l’ordre »
- Approche d’élections municipales (ah, le hasard !)
Si vous roulez quotidiennement à vélo en ville, voici quelques réflexes pour éviter que votre ville ne devienne la prochaine sur la liste :
✅ Respectez scrupuleusement le code de la route – Vous êtes l’ambassadeur du vélo. Chaque feu rouge grillé nourrit le camp des anti-vélos.
✅ Ralentissez dans les zones mixtes – 6 km/h au pas, 15 km/h max dans les zones piétonnes. Oui, c’est lent. Non, ce n’est pas négociable.
✅ Sonnez gentiment, de loin – Un « ding ding » à 2 mètres, pas un coup de klaxon rageur à 20 cm.
✅ Mettez-vous à la place des piétons – Imaginez une mamie de 80 ans qui entend mal. Vous feriez comment ?
Envie de rouler sereinement en ville avec vos enfants ? On a aussi un guide complet avec nos meilleurs conseils pour faire du vélo en ville en famille.
Le vélo, bouc émissaire facile ?
Difficile de ne pas voir un certain opportunisme politique dans ces arrêtés qui fleurissent à l’approche des municipales 2026. Interdire les vélos en centre-ville, c’est une mesure qui plaît à un électorat spécifique : les piétons âgés, les commerçants qui fantasment sur le retour de la voiture, et tous ceux qui trouvent que « ça allait mieux avant ».
C’est aussi une mesure qui ne coûte rien (contrairement à du marquage au sol ou des aménagements), qui se fait en un coup d’arrêté municipal, et qui permet de montrer qu’on « fait quelque chose ». Bref, c’est tentant pour un élu.
Le problème ? C’est une solution court-termiste qui nie 20 ans de politiques publiques en faveur des mobilités douces. Comme le souligne la FUB : « Les communes doivent donner une place prépondérante aux infrastructures cyclables, aux aménagements favorables aux piétons et à la desserte par des transports collectifs. »
Choisir entre piétons et vélos, c’est un faux dilemme. Le vrai choix, c’est entre les modes actifs (marche + vélo) d’un côté, et la voiture individuelle de l’autre. Spoiler : à La Rochelle, les quais Duperré et Valin sont encore ouverts aux voitures 24h/24. Cherchez l’erreur.
Alors, on fait quoi ?
Si on devait retenir une leçon de cette affaire rochelaise, ce serait celle-ci : le vélo n’est pas un problème, c’est une solution mal organisée.
Oui, il y a des cyclistes qui roulent trop vite. Oui, certains livreurs sont dangereux. Oui, les trottinettes débridées sont un fléau. Mais interdire en bloc, c’est comme supprimer les voitures parce que certains conducteurs grillent des feux rouges. Ça n’a aucun sens.
Les villes qui s’en sortent le mieux (Strasbourg, Copenhague, Utrecht) ont fait le choix inverse : organiser intelligemment le vélo en centre-ville avec des pistes larges, séparées, bien signalées. Résultat ? Moins de conflits d’usages, plus de sécurité pour tout le monde.
La Rochelle a les moyens de faire mieux. Avec ses 280 km d’aménagements cyclables et son histoire de pionnière, elle pourrait montrer l’exemple en testant des solutions innovantes plutôt que de rétro-pédaler vers l’interdiction facile.
🎯 En résumé
L’interdiction vélo centre-ville se multiplie en France, de Nice à La Rochelle en passant par Lille. Mais plutôt que d’interdire, ne devrait-on pas mieux organiser ? Marquage au sol, verbalisation des comportements dangereux, pédagogie : les solutions existent.
La vraie question, c’est : veut-on des villes pour les voitures ou pour les gens ? Parce que le vélo, c’est du côté des gens. Et ça, aucun arrêté municipal ne pourra le changer.
Et vous, comment ça se passe dans votre ville ? Les cyclistes et piétons cohabitent bien, ou ça commence à chauffer ? Dites-nous tout en commentaires !
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